Une livraison de tenues arrive à l’atelier. Les vestes sont distribuées, chacun enfile la sienne, et les femmes de l’équipe repartent avec des manches qui leur passent sur les doigts et un bas de pantalon qu’elles roulent avant de monter dans le camion. La commande était pourtant juste : la plus petite taille disponible avait bien été demandée pour elles.

Les vêtements de travail féminins ne sont pas des tenues d’homme réduites. Descendre d’une taille diminue tout en même temps, la carrure comme la longueur de bras, alors que le corps qui doit entrer dedans ne varie pas de la même façon d’un endroit à l’autre. Ce décalage produit la manche trop longue, la veste qui bâille et l’entrejambe qui descend. Il fait aussi perdre de la protection, et c’est la partie qui ne se voit pas au moment de la commande.

Une petite taille d’homme n’est pas une tenue féminine

Une gamme de tailles se construit sur un patron de base, le tracé qui sert à couper le tissu, décliné ensuite vers le haut et vers le bas. Chaque taille reprend les proportions de la précédente et les agrandit ou les réduit d’un cran, partout à la fois. Tant que le corps à habiller ressemble à celui du patron, le système tient. Dès qu’il s’en écarte, il faut arbitrer : une mesure est servie correctement, les autres suivent comme elles peuvent.

Sur un gabarit féminin, les épaules sont plus étroites au regard du tour de poitrine, le bassin plus large au regard du tour de taille, et les bras comme les jambes plus courts pour un même tour de buste. Reprendre un patron masculin et descendre d’une taille resserre bien la carrure, mais cela resserre aussi le tour de hanches et ne raccourcit presque rien de ce qui devrait l’être. La personne qui essaie garde alors la taille qui ferme, et porte tout le reste trop grand. Le même arbitrage se répète sur chaque pièce de la dotation, dans toutes les familles de vêtements de travail, de la veste de chantier au pantalon d’atelier.

Ce qu’une tenue trop grande laisse passer

Un vêtement de travail protège par ce qu’il couvre et par la façon dont il reste en place. Quand il flotte, les deux se dégradent ensemble, et la seconde ne se voit pas sur un cintre.

  • Une manche qui dépasse la main s’accroche à une arête, à une poignée, à une pièce en mouvement, et elle gêne la prise au moment précis où il faudrait tenir ferme.
  • Une veste qui bâille au col ou sur le devant laisse entrer ce dont elle devait protéger : une poussière, une projection, le froid, une étincelle selon le poste.
  • Un pantalon dont l’entrejambe descend bride la jambe à chaque marche et à chaque échelon, si bien qu’il est remonté à la ceinture, ouvert en haut, ou porté sous la hanche.
  • Un bas de pantalon roulé forme un bourrelet qui frotte dans la tige de la chaussure et accroche au sol.
  • Une poche placée trop bas devient inatteignable, et ce qu’elle devait porter occupe une main.

Le réflexe qui vient ensuite est celui qu’il faut écarter, et il vaut mieux le dire avant le geste : la tenue se retouche au vestiaire, avec ce qui traîne sous la main. Un vêtement de protection modifié ne protège plus comme il le devrait, et personne ne sait plus ce qui tient encore. Une pièce qui ne va pas se remplace, elle ne se rattrape pas sur un coin d’établi.

Vêtements de travail féminins : les points où la coupe se joue

Une gamme féminine ne se reconnaît ni à sa couleur ni à son étiquette. Elle se vérifie à l’essayage, sur quelques points qui se voient tout de suite, et qui valent pour les vestes et pantalons de chantier comme pour une tenue d’atelier.

Le pointCe qui se regarde
ÉpauleLa couture tombe sur l’articulation, ni en dedans sur le cou, ni en dehors sur le haut du bras
Emmanchure, le tour de brasLe bras se lève devant soi sans que la veste remonte dans le dos et découvre les reins
DevantLa fermeture monte sans tirer en étoile à la poitrine, et le col ne s’ouvre pas quand les bras avancent
Taille et hanchesLe pantalon tient sans ceinture serrée à bloc, et ne bâille pas dans le dos à l’accroupissement
Hauteur d’entrejambeElle laisse monter la jambe sans que la ceinture descende, et l’écart se sent dès la première marche
LongueursLa manche s’arrête au poignet et le bas de pantalon sur le dessus de la chaussure, sans un tour de revers

Ces points se jugent en mouvement, jamais debout devant une glace. Lever les bras, s’accroupir, monter sur une marche : une veste qui remonte à chaque flexion se verra au premier chantier, pas au moment de la distribution.

Le pantalon, la fourche et les genouillères

Le pantalon est la pièce où le gabarit se lit le plus vite, et celle dont la gêne se sent dès le premier mouvement. La hauteur de fourche, c’est-à-dire la distance entre la ceinture et l’entrejambe, se règle mal par la taille. Sur un patron masculin, elle est posée pour un bassin plus étroit et un buste plus long. Portée par une femme, la même pièce glisse : la ceinture descend sous la taille et la jambe ne monte plus librement.

Les poches à genouillères en subissent les conséquences directement. Une poche est cousue pour que la protection arrive sur la rotule quand la jambe plie. Si la fourche est trop basse et la jambe trop longue, la poche descend avec, la genouillère se retrouve sur le tibia, elle gêne sans rien amortir, et elle finit retirée. Le défaut vient de la coupe du pantalon, pas de la genouillère.

Faire entrer une coupe féminine dans un parc existant

Le passage n’a pas à se faire en une fois, et il se range mieux dans le rythme de renouvellement déjà en place. Les pièces portées tous les jours, le pantalon et la veste, rendent le plus vite : ce sont elles qui gênent le mouvement. Les pièces occasionnelles peuvent attendre le renouvellement suivant.

  • Faire essayer avant d’engager une série, avec un jeu de tailles emprunté plutôt qu’un relevé de mesures demandé à chacune.
  • Garder la coupe droite, celle du patron d’origine, à côté de la coupe féminine : certaines personnes la portent très bien et n’ont aucune raison d’en changer.
  • Prévenir l’équipe quand deux coupes cohabitent dans la même dotation, faute de quoi les échanges se règlent ensuite une tenue à la fois.
  • Regarder l’emplacement du marquage au logo : une broderie posée à la hauteur habituelle sur un devant plus court tombe sur une couture ou trop près de la fermeture.

Le nombre de pièces et le rythme de remplacement, eux, ne bougent pas : la coupe ne change ni le poste, ni ce que la journée fait subir au tissu.

Ce que la coupe ne corrige pas

Une coupe féminine résout un problème de proportions. Elle ne résout pas tout, et la présenter autrement revient à décevoir à l’essayage. Dans une même équipe, un gabarit féminin peut être aussi éloigné d’un autre qu’il l’est de celui d’un collègue : une gamme sert une moyenne, pas chaque personne.

Toutes les familles ne se déclinent pas non plus en coupe féminine, selon la pièce et selon ce dont elle protège. Quand l’équivalent manque, la taille se choisit sur la mesure qui compte le plus au poste, celle qui doit rester couverte, et le reste sera ample. L’arbitrage se fait pièce par pièce, avec celle qui la portera, et il se pose mieux devant les tenues professionnelles en rayon que sur un tableau de tailles.

Questions fréquentes

Une coupe féminine protège-t-elle aussi bien qu’une coupe droite ?

Oui. La coupe modifie le tracé du patron, pas la matière ni la façon dont la pièce est assemblée. Une veste taillée pour un gabarit féminin est faite du même tissu et des mêmes coutures que son équivalent droit, et elle protège d’autant mieux qu’elle reste en place pendant le mouvement.

Faut-il faire retoucher une tenue trop grande plutôt que la remplacer ?

La pièce qui ne va pas se remplace. Une retouche improvisée au vestiaire est à écarter : une pièce de protection modifiée n’arrête plus ce qu’elle arrêtait, et celui qui l’enfile le lendemain n’en sait rien. Même menée proprement, une reprise ne rattrape ni une carrure trop large, ni une fourche trop basse, qui sont les deux défauts les plus gênants.

Comment relever les tailles sans mettre personne mal à l’aise ?

En faisant essayer plutôt qu’en demandant des mesures. Un jeu de tailles mis à disposition dans le vestiaire, ou essayé sur place, règle la question sans que quiconque ait à annoncer un chiffre devant les autres. Chacune note la référence qui lui va, et la commande se monte à partir de là.

Les tailles féminines correspondent-elles aux tailles de ville ?

Pas toujours, et il vaut mieux ne pas s’y fier. Les repères de taille varient d’une gamme professionnelle à l’autre, et une tenue de travail est coupée plus ample qu’un vêtement de ville pour laisser passer une épaisseur en dessous. Une taille habituelle sert de point de départ à l’essayage, pas de commande.

Une tenue se juge sur un corps en mouvement, pas sur une fiche. Le showroom du 1 rue du Progrès, à Saint-Priest, permet de faire essayer un jeu de tailles avant d’engager une série pour toute une équipe, et le téléphone, au 04 72 47 40 62, suffit pour préparer la visite. Pour une demande écrite, le plus simple reste de nous transmettre votre besoin.